
Napoléon en 1806, dans un tableau de Édouard Detaille. Image de domaine public.
Napoléon Bonaparte est né en Corse en 1769. Il est passé de modestes origines au rang de général français célèbre puis d’empereur des Français. Sa vie ne peut être séparée de la Révolution française, des guerres qui l’ont suivie ni de la reconstruction de l’Europe après sa défaite.
Son règne fait de la France révolutionnaire une puissance impériale. Sa carrière a relié les occasions militaires ouvertes par la Révolution au pouvoir impérial, à la réforme juridique et à une guerre européenne presque continue. Son règne de 1804 à 1814, puis brièvement en 1815, a créé un vaste empire européen dont les réformes dans les territoires conquis sont restées inséparables des guerres napoléoniennes.
Sa carrière militaire a décollé pendant les guerres révolutionnaires françaises, lorsqu’il a mené des campagnes victorieuses en Italie et en Égypte. En 1799, Napoléon s’est emparé du contrôle de la République française par un coup d’État, puis s’est couronné empereur en 1804. À la tête de la Grande Armée, il a combattu des coalitions européennes successives et étendu l’influence française en Europe occidentale et centrale par les traités de Tilsit.
Son invasion ratée de la Russie en 1812 marque le début de sa chute. La Sixième Coalition l’oblige à abdiquer et à partir en exil à l’île d’Elbe en avril 1814. De retour en France en 1815, Napoléon reprend brièvement le pouvoir pendant les Cent-Jours avant d’être vaincu à Waterloo et exilé à Sainte-Hélène, où il meurt en 1821.
Le bilan militaire de Napoléon ne compte que sept défaites en 60 batailles. Il a transformé la guerre européenne par la manœuvre rapide, la conscription et le système des corps d’armée. Dans le même temps, le Code Napoléon a donné à de nombreux systèmes juridiques européens un modèle civil durable. Son héritage reste difficile à séparer: le souverain qui a consolidé des réformes révolutionnaires a aussi construit un empire autoritaire par la guerre.
Années de formation
Napoléon Bonaparte est né le 15 août 1769 à Ajaccio, en Corse. Sa famille appartenait à la petite noblesse italienne de l’île et y était établie depuis le XVIe siècle. Son père, Carlo Buonaparte, était avocat et possédait un domaine important. Napoléon était le deuxième de huit enfants et a grandi avec son frère aîné Joseph et ses cadets.
Gênes a vendu la Corse à la France en 1768, après des siècles d’autorité lâche sur une île qui conservait une forte autonomie locale. Le transfert a déclenché une résistance menée par Pasquale Paoli. Napoléon est donc né juste après que l’avenir politique de l’île eut été contraint d’entrer dans un cadre français. Carlo a d’abord soutenu Paoli, puis s’est rallié à la France après l’écrasement de l’insurrection en 1769; ce choix a procuré à sa famille de nouveaux titres et honneurs.
En 1779, les relations françaises de Carlo permettent à Napoléon et Joseph de partir étudier en France. À l’École militaire royale de Brienne-le-Château, Napoléon se sent étranger en raison de ses racines corses. Il trouve refuge dans les livres et écrit même des essais et une histoire de la Corse. La même formation qui l’isole le prépare aussi à l’artillerie. Les mathématiques, la discipline et le calcul technique y comptent plus que le vernis aristocratique. L’élève montre un talent particulier pour les mathématiques et regarde les doctrines religieuses avec scepticisme, car il voit dans la religion un instrument politique.
La mort de Carlo en 1784 ouvre une période difficile pour Napoléon, qui sort deux ans plus tard de l’École militaire comme lieutenant d’artillerie. De retour en Corse, lui et ses frères soutiennent la Révolution française. Ce choix favorise sa carrière militaire mais place la famille en conflit avec les nationalistes corses, dont Paoli. En 1793, Napoléon s’arrime à l’État révolutionnaire français, et l’exil de Corse fait de l’armée la principale voie de survie familiale et d’ascension personnelle.
Napoléon pendant la Révolution française
Au printemps 1792, la France déclare la guerre à l’Autriche et à la Prusse, lançant les Guerres révolutionnaires. La victoire à la Bataille de Valmy conduit à la fondation de la Première République française et à l’exécution du roi Louis XVI. La Grande-Bretagne, l’Espagne et la République néerlandaise rejoignent la guerre lorsque les politiques radicales de la République s’intensifient. Le conflit permet à de jeunes officiers de monter rapidement s’ils se montrent utiles à la République. Un développement significatif se produit lorsqu’une flotte britannique et espagnole capture le port de Toulon, abritant la flotte méditerranéenne française.
Napoléon Bonaparte, jeune officier ambitieux, écrit pendant cette période un pamphlet pro-jacobin. Cette position politique contribue à sa nomination comme commandant d’artillerie au siège de Toulon. Toulon lie son ascension au régime révolutionnaire et à l’effort de guerre français en Méditerranée.
Après la Terreur et la chute des Jacobins, sa carrière paraît menacée jusqu’à sa défense de Paris contre une insurrection royaliste. Ce succès attire l’attention de Paul Barras, qui lui présente Joséphine de Beauharnais. Napoléon l’épouse peu avant de prendre le commandement de l’armée d’Italie.
En Italie, Napoléon démontre rapidement sa capacité militaire. Le général réorganise l’armée d’Italie et bat le royaume de Piémont-Sardaigne. Il se retourne ensuite contre la puissance autrichienne dans le nord de la péninsule. La campagne lui apprend aussi à convertir le succès militaire en diplomatie et en réputation politique à Paris.
La prise de Milan et la création d’États clients français préparent le traité de Campo-Formio, qui met fin à la guerre de la Première Coalition. Son succès en Italie lui vaut le surnom affectueux de « Petit Caporal » et accroît sa renommée en France.
En 1798, Napoléon lance une expédition militaire en Égypte afin d’affaiblir l’influence britannique. La campagne finit par s’enliser après des succès initiaux, tandis que la mission savante qui l’accompagne contribue à l’égyptologie, notamment par la découverte de la pierre de Rosette. De retour en France en 1799, Bonaparte rejoint des figures politiques qui préparent un coup d’État. Le coup d’État du 18 Brumaire montre que le prestige militaire est devenu une ressource politique décisive dans une République épuisée par la guerre et les factions. Il renverse le gouvernement et établit le Consulat français. Cet épisode marque la fin de la Révolution française et le début de l’ère napoléonienne, avec Napoléon comme figure centrale.
L’Ère napoléonienne
Pendant le règne de Napoléon Bonaparte au début du XIXe siècle, le pouvoir se consolide par le droit, la religion, la diplomatie et les victoires militaires. Il réconcilie la France avec l’Église catholique par le Concordat de 1801. Il établit aussi le Code Napoléon, qui inscrit plusieurs principes révolutionnaires dans un ordre juridique centralisé.
Le Code renforce l’égalité devant le droit civil tout en l’insérant dans un État autoritaire doté d’une hiérarchie administrative centrale durable et stable. Sur le plan militaire, la victoire de Marengo et le traité d’Amiens donnent à la France une courte paix. En 1802, il est déclaré Premier consul à vie.
Sa stratégie impériale s’étend aussi à l’Atlantique. Napoléon tente de reprendre le contrôle d’Haïti, alors Saint-Domingue, car la colonie et la Louisiane peuvent soutenir un empire français renouvelé en Amérique. L’expédition échoue face à la résistance, aux maladies et à la reprise de la guerre avec la Grande-Bretagne. Haïti déclare son indépendance en 1804.
Cet échec affaiblit la logique du maintien de la Louisiane et contribue à transformer un projet de restauration coloniale en vente de la Louisiane. Il révèle aussi une contradiction du pouvoir napoléonien: Napoléon se présente comme héritier de la Révolution en Europe tandis que sa politique caribéenne avance vers la restauration d’un ordre colonial racialisé.
En 1804, Napoléon établit l’Empire français et se couronne lui-même empereur. Les guerres napoléoniennes s’intensifient après la déclaration de guerre britannique de 1803. La Troisième Coalition se forme ensuite en 1805. Austerlitz transforme la vitesse opérationnelle en bouleversement politique. La défaite autrichienne contribue à détruire le Saint-Empire romain germanique et ouvre un nouvel ordre dominé par la France en Europe centrale. Il place aussi ses frères sur des trônes européens, une politique dynastique critiquée comme du népotisme.
La guerre d’Espagne commence en 1807 lorsque Napoléon envahit le Portugal et l’Espagne. La résistance espagnole et portugaise, renforcée par la guérilla et l’appui britannique, épuise les ressources françaises. Le conflit ibérique montre qu’une conquête peut prendre des capitales sans assurer l’obéissance politique. La résistance locale et la puissance navale britannique agissent ensemble contre le contrôle français. En 1809, l’Autriche lance la guerre de la Cinquième Coalition; Napoléon connaît alors sa première défaite comme empereur, mais finit par l’emporter à Wagram. Il épouse Marie-Louise, fille de l’empereur autrichien, en 1810.
En 1811, les tensions avec la Russie se sont intensifiées, et Napoléon envahit le pays en 1812 avec une armée immense. La campagne devient un désastre lorsque les pertes s’accumulent et que la retraite expose l’armée à l’hiver. La Russie brise l’aura d’invincibilité napoléonienne. La Sixième Coalition avance ensuite vers Leipzig en 1813 puis vers l’abdication de 1814. Après cette défaite, le Congrès de Vienne tente de reconstruire un équilibre européen capable de contenir la France sans provoquer simplement une nouvelle guerre révolutionnaire.
Napoléon revient d’exil en 1815 et ouvre les Cent-Jours de son nouveau pouvoir. La tentative s’achève à Waterloo par une autre abdication et un exil définitif.
Héritage et ordre européen
La chute de Napoléon ne retire pas seulement un souverain du pouvoir. Elle oblige les principaux États européens à décider quel ordre peut survivre après deux décennies de révolution et de guerre. Au Congrès de Vienne, des figures comme Metternich, Castlereagh et Hardenberg recherchent un équilibre qui ramène la France à ses frontières d’avant la Révolution. Elles veulent aussi empêcher qu’une seule puissance domine le continent. Le règlement traite la carrière de Napoléon comme un avertissement: l’ambition impériale peut déstabiliser tous les États voisins.
Cette reconstruction est conservatrice, mais elle n’est pas une simple restauration du monde d’avant 1789. Les guerres napoléoniennes ont diffusé des réformes administratives et des codes juridiques dans de vastes régions d’Europe. Elles ont aussi diffusé la mobilisation militaire et des attentes nationales. Même là où les monarques reviennent, de nombreux gouvernements doivent composer avec des sujets qui ont vu d’anciens privilèges contestés et des frontières réorganisées. La défaite de Napoléon préserve donc certains changements révolutionnaires tout en mettant fin au système impérial qui les avait portés par la force. Son héritage reste ainsi controversé. Les libéraux peuvent admirer la destruction de barrières féodales, tandis que les conservateurs retiennent la conscription, la censure, les manipulations dynastiques et les années de guerre.
L’ordre de Vienne façonne aussi le XIXe siècle en faisant de la stabilité un objectif diplomatique. Les grandes puissances construisent des alliances et des congrès pour dissuader une nouvelle agression française et gérer les différends avant qu’ils ne deviennent des guerres générales. L’arrangement n’empêche pas les bouleversements ultérieurs. Il crée toutefois un langage de l’équilibre, de la légitimité et de la consultation entre grandes puissances qui survit à Napoléon. Sa carrière relève de la biographie française et de l’histoire de l’ordre international moderne.
Dernier exil et mort
Napoléon Bonaparte passe sous garde britannique et est exilé sur l’île atlantique isolée de Sainte-Hélène, où il arrive en octobre 1815 avec 27 partisans. Une surveillance stricte vise à empêcher toute nouvelle évasion. Les Britanniques choisissent la distance comme arme politique, rendant le retour en France beaucoup moins plausible qu’il ne l’avait été depuis l’île d’Elbe. Sur place, l’ancien empereur habite d’abord le pavillon des Briars puis s’installe à Longwood House. Les conditions humides et inconfortables de cette résidence alimentent les rumeurs selon lesquelles les Britanniques chercheraient à accélérer sa mort.
Malgré son statut de prisonnier, Napoléon tente de préserver une dignité impériale par des cérémonies formelles et le travail sur ses mémoires. L’apprentissage de l’anglais lui résiste, et il finit par y renoncer. À Sainte-Hélène, Napoléon lutte pour la mémoire et contre l’isolement. Son récit atteint des lecteurs qui ne verront jamais l’empire. Ses plaintes sur son traitement visent l’opinion publique. Le gouvernement britannique, sous l’autorité de Hudson Lowe, restreint son budget, lui refuse son ancien rang impérial et impose à ses partisans de rester auprès de lui.
La santé de Napoléon commence à décliner en 1817, lorsqu’il souffre d’une hépatite chronique. Les Britanniques renvoient son médecin en 1818 malgré les avertissements de ce dernier sur les effets de l’île. Son état s’aggrave en 1819, et il est alité en 1821. Ses derniers documents montrent que l’exil n’a pas mis fin à son souci de réputation. En avril, Napoléon rédige deux testaments dans lesquels il affirme que les Britanniques l’ont tué et exprime ses espoirs pour son fils. Il meurt le 5 mai 1821; ses derniers mots auraient évoqué la France et Joséphine.
Les rapports d’autopsie concluent à une mort par cancer de l’estomac, une constatation étayée par des études récentes malgré d’anciennes théories sur un empoisonnement à l’arsenic. Après sa mort, Napoléon est enterré à Sainte-Hélène. En 1840, ses restes sont rapatriés en France pour de grandes funérailles d’État à Paris et une inhumation définitive aux Invalides, où il demeure aujourd’hui dans la mémoire nationale française.