
Couverture de Diplomacy d’Henry Kissinger, utilisée comme image commune pour cette série de résumés.
En 1994, Henry Kissinger publie Diplomacy. Diplomate et universitaire reconnu, il a été conseiller à la sécurité nationale puis secrétaire d’État des États-Unis. Son livre propose un vaste parcours dans l’histoire des affaires étrangères et de l’art diplomatique, avec une attention particulière au XXe siècle et au monde occidental. Associé à l’école réaliste des relations internationales, Kissinger y examine l’équilibre des puissances, la raison d’État et la Realpolitik à travers plusieurs époques.
L’ouvrage a été largement salué pour son ampleur et la richesse de ses détails. Il a aussi été critiqué pour son accent sur les individus plus que sur les forces structurelles, ainsi que pour une vision parfois réductrice de l’histoire. Certains critiques lui reprochent également d’accorder un poids excessif au rôle personnel de Kissinger dans les événements, au risque d’en surestimer l’influence. Ses idées méritent malgré tout d’être prises en considération.
Vous trouverez ci-dessous un aperçu de chaque chapitre du livre, ainsi que des liens vers des résumés plus détaillés de chacun d’eux :
Chapitre 1 - Le nouvel ordre international
Le chapitre présente l’ordre d’après-guerre froide comme un paradoxe historique pour les États-Unis. La puissance et les idéaux américains avaient contribué à vaincre le communisme soviétique. La victoire laissait pourtant un monde encore façonné par le nationalisme, l’intérêt propre et la compétition. La thèse centrale de Kissinger est que les États-Unis ne peuvent ni se retirer du monde ni le dominer. Ils doivent désormais combiner leurs convictions morales avec l’équilibre entre plusieurs grandes puissances.
Le nouvel ordre international.
Chapitre 2 - La charnière : Theodore Roosevelt ou Woodrow Wilson
Le chapitre repose sur un paradoxe de l’ascension des États-Unis à la puissance mondiale : un pays qui avait longtemps condamné la politique de puissance européenne entra dans le XXe siècle avec assez de force pour devenir indispensable à l’ordre international. Kissinger présente Theodore Roosevelt et Woodrow Wilson comme deux réponses possibles à cette situation nouvelle. Roosevelt comprenait les États-Unis comme une grande puissance dont la sécurité exigeait une participation active à l’équilibre des puissances, tandis que Wilson présentait l’engagement américain comme une mission morale destinée à refaire les relations internationales par la démocratie, le droit et la sécurité collective. Pour Kissinger, Roosevelt comprenait mieux les mécanismes de la politique mondiale, mais Wilson comprenait mieux le langage moral capable de convaincre les Américains d’accepter un rôle mondial.
La charnière : Theodore Roosevelt ou Woodrow Wilson.
Chapitre 3 - De l’universalité à l’équilibre : Richelieu, Guillaume d’Orange et Pitt
Le chapitre explique la naissance de l’équilibre européen des puissances à partir d’un double effondrement : le rêve médiéval d’autorité universelle échoua, et la nouvelle doctrine de l’intérêt d’État ne pouvait pas, à elle seule, créer un ordre stable. Kissinger présente Richelieu comme la figure décisive qui transforma le problème de sécurité de la France en principe général de diplomatie, en remplaçant l’universalité religieuse par la raison d’État. Mais dès lors que chaque État revendiquait le droit de poursuivre son intérêt, l’équilibre ne pouvait apparaître qu’à travers la résistance, les coalitions et la guerre répétée. Le chapitre va donc de l’art politique de Richelieu aux coalitions antihégémoniques de Guillaume d’Orange, puis à la tentative de Pitt de faire de l’équilibre des puissances un règlement européen conscient.
De l’universalité à l’équilibre.
Chapitre 4 - Le Concert européen : la Grande-Bretagne, l’Autriche et la Russie
Le chapitre présente le règlement postnapoléonien comme un rare ordre européen dans lequel l’équilibre militaire et une idée partagée de la légitimité se renforçaient mutuellement. Dans le récit de Kissinger, le Congrès de Vienne réussit parce qu’il fit plus que redistribuer des territoires. Il créa un équilibre des puissances difficile à renverser et l’associa à un consensus moral conservateur entre les principales monarchies continentales. Le paradoxe est que le règlement le plus consciemment construit autour de principes d’équilibre des puissances recourut exceptionnellement peu à la force, parce que la plupart des puissances acceptaient l’ordre comme assez juste pour être préservé. Son effondrement survint lorsque cette retenue morale s’affaiblit, que l’Autriche perdit l’habileté diplomatique qui l’avait soutenue et que la question d’Orient ramena les grandes puissances à des calculs d’intérêt national moins retenus.
Chapitre 5 - Deux révolutionnaires : Napoléon III et Bismarck
Kissinger présente la chute de l’ordre de Metternich comme une révolution menée par deux hommes qui étaient, chacun à sa manière, des adversaires du règlement dont ils avaient hérité. Napoléon III voulait échapper aux contraintes imposées à la France après 1815 et associer son régime au nationalisme, au libéralisme et à la révision territoriale, sans posséder la discipline stratégique nécessaire pour décider ce que la France devait gagner ni quels risques elle devait courir. Bismarck voulait libérer la Prusse de la tutelle autrichienne en Allemagne et comprenait que l’ancienne solidarité conservatrice européenne était devenue un obstacle à la puissance prussienne. Le contraste central oppose donc un souverain dont les ambitions dépassaient le jugement et un homme d’État dont le jugement dépassait la capacité institutionnelle de l’Allemagne qu’il créa.
Deux révolutionnaires : Napoléon III et Bismarck.
Chapitre 6 - La Realpolitik se retourne contre elle-même
Le problème directeur du chapitre est que la méthode diplomatique qui avait rendu possible l’unification allemande devint instable une fois cette unification accomplie. La Realpolitik supposait que les États pouvaient ajuster leurs alignements selon l’intérêt, contenir les menaces par des coalitions flexibles et empêcher toute puissance de devenir dominante. L’Allemagne unifiée modifia ce calcul parce qu’elle plaça au centre de l’Europe un géant continental en croissance, dont chaque geste défensif pouvait paraître offensif à ses voisins. Kissinger présente l’ordre d’après 1871 comme un système où la politique de puissance continuait à fonctionner, tandis que la liberté, la retenue et les présupposés partagés qui la rendaient maniable disparaissaient.
La Realpolitik se retourne contre elle-même.
Chapitre 7 - Une machine de destruction politique : la diplomatie européenne avant la Première Guerre mondiale
Kissinger présente la diplomatie d’avant la Première Guerre mondiale comme la transformation d’un équilibre des puissances flexible en mécanisme rigide de confrontation. Le problème central du chapitre est que les dirigeants européens conservèrent les formes de la diplomatie d’alliance tout en les vidant de retenue, de proportion et de finalité politique. L’affirmation inquiète de la puissance allemande, les habitudes expansives de la Russie, l’abandon réticent de l’isolement splendide par la Grande-Bretagne et la peur croissante d’être abandonné par ses alliés transformèrent les différends locaux en tests de prestige. En 1914, les puissances avaient construit ce que Kissinger appelle une machine diplomatique de destruction : un système dans lequel les États craignaient moins la guerre que le risque de paraître peu fiables aux yeux d’alliés dont les objectifs avaient souvent peu de lien avec leurs propres intérêts nationaux.
Une machine de destruction politique.
Chapitre 8 - Dans le tourbillon : la machine de destruction militaire
Le problème directeur du chapitre est de comprendre comment une crise balkanique limitée devint une guerre européenne générale avant que les dirigeants politiques aient sérieusement débattu du différend lui-même. Kissinger présente la catastrophe comme le produit d’un mécanisme que les hommes d’État européens avaient construit sans en comprendre les conséquences. Les alliances, qui définissaient autrefois les obligations après une agression, étaient devenues des calendriers de mobilisation préventive, tandis que les plans militaires comprimèrent les décisions en quelques journées frénétiques. Les gouvernements entrèrent donc dans une guerre d’ampleur révolutionnaire sans buts politiques proportionnés à la destruction qu’ils déclenchaient.
Chapitre 9 - Le nouveau visage de la diplomatie : Wilson et le traité de Versailles
Le chapitre présente le traité de Versailles comme le produit de deux transformations incompatibles : la Première Guerre mondiale avait détruit l’ancien équilibre européen des puissances, tandis que la diplomatie de Woodrow Wilson tentait de le remplacer par des principes privés d’application fiable. Kissinger soutient que le règlement échoua parce qu’il ne fut ni une paix de conciliation ni une subjugation décisive de l’Allemagne. Les vainqueurs dénoncèrent l’ancienne diplomatie et se retrouvèrent pourtant face aux problèmes stratégiques que cette ancienne diplomatie avait imparfaitement gérés. Versailles laissa ainsi une Allemagne rancunière, une France inquiète, une Grande-Bretagne ambivalente, des États-Unis détachés et une Europe orientale fragmentée.
Le nouveau visage de la diplomatie.
Chapitre 10 - Le dilemme des vainqueurs
Le règlement d’après-guerre créé par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale reposait sur deux méthodes incompatibles pour préserver la paix. La sécurité collective promettait un ordre juridique universel, mais elle était trop abstraite pour identifier les menaces, attribuer des obligations et imposer l’action lorsque de grandes puissances défiaient la paix. La coopération informelle franco-britannique offrait un substitut plus étroit, mais elle était trop hésitante pour rassurer la France ou contenir l’Allemagne. Kissinger présente le résultat comme un paradoxe de la victoire : les puissances qui avaient vaincu l’Allemagne manquaient de l’unité, de la confiance et du réalisme stratégique nécessaires pour faire respecter l’ordre qu’elles avaient imposé, tandis que l’Allemagne et l’Union soviétique découvraient progressivement que leur exclusion commune leur donnait des intérêts contre Versailles.
Chapitre 11 - Stresemann et la réémergence des vaincus
La diplomatie européenne des années 1920 tournait autour d’une contradiction que les vainqueurs de 1918 ne résolurent jamais. L’Allemagne avait été vaincue et restait potentiellement plus forte que la France ou la Grande-Bretagne prises séparément. Kissinger présente la décennie comme une lutte entre réalité géopolitique et évitement diplomatique. La sécurité de la France exigeait des contraintes sur l’Allemagne; la politique allemande cherchait l’égalité; la Grande-Bretagne n’aimait pas la coercition française et refusait les engagements qui auraient rendu la conciliation sûre. Dans cette paralysie intervint Gustav Stresemann, qui utilisa la modération, la patience et le langage de la coopération pour rendre à l’Allemagne vaincue sa marge de manœuvre diplomatique.
Stresemann et la réémergence des vaincus.
Chapitre 12 - La fin de l’illusion : Hitler et la destruction de Versailles
L’ascension de Hitler transforma les faiblesses de l’ordre de Versailles en catastrophe. Kissinger soutient que le révisionnisme allemand était déjà inscrit dans le règlement d’après-guerre et que le retour du poids continental de l’Allemagne était probable, tandis que l’ampleur et la violence de la destruction furent inséparables de la personnalité, de la méthode et de l’impatience de Hitler. Les démocraties affrontaient un système auquel elles ne croyaient plus entièrement, défendaient des principes qu’elles avaient souvent sapés et tentaient encore de distinguer révision légitime et agression jusqu’à ce que Hitler rende cette distinction impossible. Le chapitre retrace ainsi la fin d’une illusion : la croyance selon laquelle la désapprobation morale, le désarmement, la sécurité collective et les concessions à l’autodétermination pouvaient contenir un dictateur qui les traitait comme des instruments de guerre psychologique.
Chapitre 13 - Staline pousse les enchères
Le marché conclu par Staline avec Hitler apparaît chez Kissinger moins comme une aberration idéologique que comme le résultat d’un calcul sur le pouvoir, le calendrier et la géographie. Les démocraties occidentales s’attendaient à ce que l’hostilité nazie-soviétique empêche une coopération pratique, tandis que Staline traitait l’idéologie comme une discipline de gouvernement et un langage de justification. Pour lui, c’était un outil de manœuvre. Il cherchait à tenir l’Union soviétique à l’écart d’une guerre prématurée, à déplacer le danger vers l’ouest et à tirer le prix le plus élevé du camp qui aurait le plus besoin de Moscou. Dans ce contexte, le pacte germano-soviétique naquit d’un bazar diplomatique. Les démocraties défendaient des principes sans bâtir de stratégie, et Hitler offrait les gains territoriaux concrets que Staline voulait.
Chapitre 14 - Le pacte germano-soviétique
Le pacte germano-soviétique apparaît comme un paradoxe dans lequel deux dictateurs révolutionnaires, attachés à des visions idéologiques incompatibles, utilisèrent l’art politique européen traditionnel pour partager des territoires et acheter une liberté stratégique. Kissinger présente l’accord comme un partage à l’ancienne réalisé par des régimes dont les buts finaux rendaient toute coopération durable impossible. Le pacte détruisit la Pologne, révéla la paralysie stratégique des puissances occidentales et donna à Staline un tampon provisoire tout en libérant Hitler pour dominer le continent. Son effondrement en 1941 révéla la tension centrale du chapitre : Staline tenta de gérer Hitler par le calcul, le délai et le marchandage territorial, tandis que Hitler traitait la résistance comme un défi personnel et transformait la diplomatie en prélude à la plus grande guerre terrestre de l’histoire.
Chapitre 15 - L’Amérique à nouveau dans l’arène: Franklin Delano Roosevelt
Le problème central de Roosevelt était de conduire un pays qui faisait confiance à la géographie, à la neutralité juridique et à l’exceptionnalisme moral vers une guerre qu’il comprenait de plus en plus comme inévitable. Kissinger présente ce mouvement comme une épreuve du leadership démocratique. Roosevelt devait éduquer l’opinion publique tout en respectant ses limites, préserver sa marge de manœuvre alors que le Congrès rejetait les engagements extérieurs et traduire l’expansion de l’Axe en termes acceptables pour les Américains. Les États-Unis auraient finalement été forcés par leur propre puissance et par le défi allemand à l’équilibre européen de revenir au centre de la politique mondiale, mais Roosevelt rendit cette entrée plus rapide, plus décisive et plus permanente. Son accomplissement fut de transformer l’exceptionnalisme américain, de motif de retrait, en fondement d’un engagement mondial.
L’Amérique à nouveau dans l’arène.
Chapitre 16 - Trois approches de la paix: Roosevelt, Staline et Churchill dans la Seconde Guerre mondiale
Le problème directeur est de comprendre comment une coalition de guerre capable de vaincre Hitler échoua à définir une paix stable avant que la victoire rende le désaccord inévitable. Kissinger présente Roosevelt, Staline et Churchill comme des hommes qui interprétèrent le même tournant militaire à travers trois traditions historiques incompatibles. Roosevelt partait de la foi wilsonienne américaine dans une sécurité coopérative, Staline de la recherche russe de zones tampons territoriales, et Churchill de l’attachement britannique à l’équilibre européen des puissances. La thèse centrale du chapitre est que les Alliés détruisirent l’ancien équilibre avant de s’entendre sur un nouveau, laissant l’occupation militaire plutôt qu’un règlement négocié décider d’une grande partie de l’Europe d’après-guerre. Kissinger traite aussi l’optimisme de Roosevelt comme plus qu’une naïveté, parce que le même idéalisme américain qui masquait les ambitions soviétiques contribua à mobiliser les États-Unis pour les longues luttes qui suivirent.
Chapitre 17 - Le début de la guerre froide
La victoire sur l’Allemagne nazie résolut le problème qui avait maintenu la Grande Alliance et révéla les incompatibilités que la diplomatie de guerre avait différées. Pour Kissinger, le début de la guerre froide fut la collision de trois habitudes diplomatiques : la foi américaine dans le droit et les principes universels, l’instinct britannique d’équilibre des puissances et l’évaluation impitoyable par Staline du territoire, de la force et du pouvoir de négociation. Harry S. Truman entra en fonction en essayant de préserver la vision rooseveltienne de coopération alliée. Les faits militaires créés par l’avance de l’Armée rouge et l’épuisement de l’Europe rendaient pourtant cette vision de moins en moins réelle. Le chapitre va donc du condominium espéré des vainqueurs à la politique d’endiguement, car la bonne volonté américaine sans pression donna à Staline le temps de consolider le pouvoir soviétique et rendit ensuite tout compromis politiquement impossible.
Chapitre 18 - Les succès et les revers de l’endiguement
Kissinger présente l’endiguement comme la doctrine par laquelle les États-Unis trouvèrent une réponse praticable à l’expansion soviétique tout en se liant à une mission de guerre froide moralement épuisante. La politique réussit parce qu’elle identifiait de vraies pressions soviétiques, mobilisait les ressources américaines, reconstruisait l’Europe occidentale et organisait une résistance durable au pouvoir communiste. Sa douleur tenait à la manière dont les Américains justifiaient cette résistance : pas principalement comme une stratégie d’équilibre des puissances, mais comme une lutte universelle exigeant la transformation du système soviétique. L’endiguement associa donc discipline stratégique et passivité diplomatique, donnant aux États-Unis une mission assez large pour préserver le monde libre et assez ambiguë pour tourmenter leur conscience.
Les succès et les revers de l’endiguement.
Chapitre 19 - Le dilemme de l’endiguement: la guerre de Corée
L’endiguement avait réussi tant que la pression soviétique apparaissait sous des formes auxquelles les États-Unis savaient déjà répondre, surtout en Europe, en Méditerranée et à Berlin. La Corée révéla la faiblesse cachée dans ce succès. Kissinger présente la guerre de Corée comme le moment où une doctrine conçue pour l’Europe, la guerre générale et les mouvements soviétiques visibles dut affronter une agression locale menée par un substitut communiste dans une région que Washington avait publiquement placée hors de son périmètre défensif. Le résultat mit à l’épreuve à la fois la résolution américaine et la pensée stratégique américaine : les États-Unis savaient pourquoi l’agression devait être combattue, mais peinaient à définir quel type de victoire ou de règlement rendrait cette résistance politiquement cohérente.
Chapitre 20 - Négocier avec les communistes:Adenauer, Churchill et Eisenhower
Kissinger traite les offensives de paix soviétiques du début des années 1950 comme une épreuve de la capacité de la diplomatie à modifier encore une guerre froide déjà durcie en systèmes militaires rivaux. La proposition de Staline de 1952 pour une Allemagne unifiée, armée et neutre ressemblait à une ouverture possible, mais elle arrivait après des années de pression soviétique qui avaient convaincu les alliés occidentaux que la négociation elle-même pouvait menacer les institutions qu’ils venaient de construire. La réponse de Kissinger est prudente : des occasions possibles restaient presque impossibles à tester, parce que la conduite de Staline, sa mort et l’insécurité de ses successeurs augmentaient le risque d’un effondrement stratégique.
Négocier avec les communistes.
Chapitre 21 - L’endiguement contourné: la crise de Suez
Le chapitre traite la crise de Suez comme le moment où la guerre froide échappa au cadre européen qui avait structuré les débuts de l’endiguement. La décision de Khrouchtchev d’armer l’Égypte permit à Moscou de contourner le périmètre d’endiguement de Washington et de rivaliser pour l’influence dans une région que les puissances occidentales considéraient encore comme la leur. Kissinger présente la crise comme une collision entre trois projets incompatibles : la Grande-Bretagne et la France tentaient de préserver l’autorité impériale, les États-Unis voulaient s’opposer au colonialisme tout en contenant l’expansion soviétique, et Nasser utilisait les deux superpuissances pour élargir la liberté d’action de l’Égypte. Le résultat fut l’humiliation de la Grande-Bretagne et de la France et une nouvelle phase dans laquelle les États-Unis héritèrent de responsabilités qu’ils avaient espéré séparer de l’impérialisme européen.
Chapitre 22 - La Hongrie: un soulèvement dans l’empire
L’insurrection hongroise plaça le langage moral de la guerre froide face aux limites dures de la puissance. Kissinger présente 1956 comme une double révélation : Suez fissura la prétention de l’alliance occidentale à une unité parfaite, tandis que la Hongrie montra que l’Union soviétique utiliserait la force pour préserver son empire est-européen. La tension centrale du chapitre tient à l’écart entre la rhétorique américaine de libération et la réticence américaine à risquer la guerre pour un pays situé dans la sphère soviétique. En même temps, la Hongrie révéla une faiblesse soviétique plus profonde. Un empire tenu par les chars, l’échec économique et une idéologie étrangère pouvait réprimer une révolte sans gagner de légitimité.
La Hongrie : un soulèvement dans l’empire.
Chapitre 23 - L’ultimatum de Khrouchtchev: la crise de Berlin, 1958-1963
La crise de Berlin transforma une ambiguïté juridique laissée par la Seconde Guerre mondiale en test de sang-froid occidental, d’unité alliée et de confiance soviétique. Kissinger présente l’ultimatum de Khrouchtchev comme une attaque habile contre le point le plus faible de la position occidentale, mais aussi comme une initiative enracinée dans l’insécurité soviétique plutôt que dans la force. La crise exposa la difficulté de défendre un avant-poste vulnérable à l’âge nucléaire : les États-Unis devaient menacer d’utiliser la force pour préserver leurs droits, tandis que leurs dirigeants comprenaient que Berlin rendait difficile la justification d’une guerre générale. Khrouchtchev échoua à déloger les puissances occidentales, mais l’Occident faillit affaiblir sa propre position par des désaccords sur la négociation, l’unité allemande et le statut de l’Allemagne de l’Est.
Chapitre 24 - L’unité occidentale: Macmillan, de Gaulle, Eisenhower et Kennedy
La crise de Berlin mit fin à une phase d’instabilité de la guerre froide en confirmant la division de l’Europe, et cette confirmation révéla les tensions non résolues au sein de l’alliance occidentale. Kissinger présente l’unité occidentale comme un accomplissement pratique plutôt que comme une condition naturelle. Une fois la menace soviétique en Europe devenue plus prévisible, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis ne pouvaient plus éviter de demander à quel type d’alliance ils appartenaient réellement. Macmillan répondit par une dépendance étroite envers Washington, de Gaulle par l’autonomie nationale et une Europe des États, et Kennedy par une Communauté atlantique intégrée. Le problème central du chapitre est le paradoxe d’une alliance victorieuse dont la sécurité dépendait de l’unité alors que ses principaux membres définissaient l’unité de façons incompatibles.
Chapitre 25 - Le Vietnam: l’entrée dans le bourbier. Truman et Eisenhower
Le Vietnam apparaît dans le chapitre comme le point où la confiance américaine d’après-guerre commença à se retourner contre elle-même. Kissinger présente le premier engagement américain en Indochine comme une collision entre universalisme moral et proportion diplomatique. Les États-Unis traitèrent un territoire colonial lointain et faible comme s’il portait le poids stratégique de l’Europe, du Japon, de Berlin ou de la Corée. Dans son interprétation, la croyance en l’indivisibilité de la liberté rendit plus difficile pour les dirigeants américains de demander si le Vietnam était le bon lieu, et si les moyens disponibles convenaient à une telle défense.
Le Vietnam : l’entrée dans le bourbier.
Chapitre 26 - Le Vietnam: en désespoir de cause. Kennedy et Johnson
Le chapitre présente la route vers le Vietnam comme une tragédie produite par des prémisses héritées, des erreurs de lecture stratégique et l’habitude américaine de transformer les tests géopolitiques en croisades morales. Kennedy accepta l’ancienne thèse de l’endiguement selon laquelle le Sud-Vietnam comptait pour l’équilibre global, mais il la reformula comme le test décisif de la guérilla communiste. Ce déplacement attira Washington vers la construction nationale, la réforme politique et l’escalade graduelle. La décision de ne pas défendre le Laos ouvrit le système logistique qui rendit le Sud-Vietnam difficile à protéger. Johnson hérita d’un engagement durci par le renversement de Diem, et sa force limitée, ses offres de compromis et ses assurances donnèrent à Hanoï des raisons de tenir jusqu’à la fracture de la cohésion politique américaine.
Le Vietnam : en désespoir de cause.
Chapitre 27 - Le Vietnam: le désengagement. Nixon
Kissinger présente la politique vietnamienne de Nixon comme une tentative de sortir d’une guerre devenue militairement indécise, moralement divisive et diplomatiquement encombrante, tout en préservant une distinction entre retrait et abandon. La tension directrice du chapitre est que les États-Unis voulaient mettre fin à la guerre sans accord sur le type de fin qui préserverait leur honneur à l’étranger ou leur cohésion intérieure. Nixon hérita non seulement de troupes et d’engagements, mais aussi d’un consensus brisé dans lequel chaque choix pratique ressemblait soit à une escalade pour les critiques, soit à une reddition pour le gouvernement. La thèse centrale de Kissinger est que la tragédie finale du Vietnam résidait dans l’incapacité américaine à reconnaître que la politique étrangère exige souvent de choisir entre des solutions imparfaites.
Le Vietnam : le désengagement.
Chapitre 28 - La politique étrangère comme géopolitique: la diplomatie triangulaire de Nixon
Selon Kissinger, Nixon entra en fonctions à un moment où les États-Unis ne pouvaient plus conduire leur politique étrangère comme si la supériorité matérielle et la certitude morale garantissaient des résultats durables. Le Vietnam avait révélé les limites d’une intervention détachée d’une stratégie soutenable. La parité nucléaire, le redressement européen et japonais ainsi que la rupture sino-soviétique modifièrent les conditions dans lesquelles le leadership américain opérait. Le chapitre présente la réponse de Nixon comme une tentative de remplacer l’universalisme de croisade par une stratégie géopolitique disciplinée qui continuait à prétendre servir les idéaux américains. Sa thèse directrice est que la diplomatie triangulaire donna aux États-Unis l’espace nécessaire pour sortir du Vietnam, contenir l’expansion soviétique et redéfinir le leadership après l’ère de la domination. Elle le fit en faisant entrer la Chine dans l’équilibre diplomatique et en reliant les négociations avec Moscou au comportement soviétique ailleurs.
La politique étrangère comme géopolitique.
Chapitre 29 - La détente et ses déconvenues
La détente apparaît dans le chapitre à la fois comme système diplomatique et comme source de tension politique. Kissinger présente la « structure de paix » du gouvernement Nixon comme un effort pour transformer l’impasse de la guerre froide en ordre plus flexible. Les liens entre l’Europe, le Moyen-Orient, le contrôle des armements, la Chine et les relations soviéto-américaines devaient contenir Moscou tout en préservant la compétition. Pourtant, la même politique se heurta aux habitudes américaines de clarté morale, à la méfiance intérieure après le Vietnam et à l’effondrement de l’autorité présidentielle pendant le Watergate. Le paradoxe directeur du chapitre est que la détente produisit des réussites diplomatiques durables alors même que la controverse sur son sens rendait ses principes presque impossibles à consolider.
La détente et ses déconvenues.
Chapitre 30 - La fin de la guerre froide: Reagan et Gorbatchev
La fin de la guerre froide apparaît dans le récit de Kissinger comme une convergence de pression, de déclin, de leadership et d’accident historique. Le paradoxe central est que Reagan, avec des idées simplifiées et des instincts utopiques, comprit les énergies pratiques de la société américaine mieux que Gorbatchev ne comprit le système soviétique. Gorbatchev était le réformateur le plus sophistiqué, mais la confiance de Reagan permit aux États-Unis de transformer la confrontation en négociation au moment où l’expansion soviétique avait dépassé la capacité soviétique. Gorbatchev tenta de sauver le communisme en le réformant, mais ses réformes supprimèrent les soutiens idéologiques et institutionnels qui rendaient possible le pouvoir communiste.
Chapitre 31 - Le nouvel ordre mondial reconsidéré
Le chapitre traite la fin de la guerre froide comme un moment de validation apparente qui révéla aussi les limites de la tradition diplomatique américaine. Kissinger présente les États-Unis comme entrant dans les années 1990 avec une puissance sans égale et une confiance wilsonienne renouvelée. La politique américaine portait aussi une forte impulsion à identifier l’ordre mondial avec la démocratie, le droit, les marchés et l’action collective. La disparition de la menace soviétique laissait pourtant un monde résistant à tout principe universel unique. Au lieu de cela, elle ramenait les États-Unis à la tâche plus ancienne et moins confortable de concilier l’objectif moral avec l’intérêt national, les équilibres régionaux, les rivalités historiques et la diversité tenace des sociétés politiques.